Relations PolyAmoureuses

Le polyamour (de l’anglais polyamory), ou pluriamour, est une éthique des relations amoureuses où les partenaires ont la faculté de pouvoir aimer plusieurs personnes en même temps et de manière assumée. Ces relations sont basées sur la liberté sentimentale et sexuelle (le rejet de l’obligation d’exclusivité), l’égalité et l’honnêteté entre partenaires, et le respect de l’individualité et de l’autonomie de chacun.

Ce terme est également utilisé pour désigner les modes de vie qui en découlent, principalement caractérisés par la possibilité pour une personne d’être simultanément impliquée dans plusieurs relations amoureuses.

Le terme « polyamoureux » (ou « poly ») désigne les personnes adhérant à cette éthique — qu’ils soient ou non présentement engagés avec plusieurs partenaires — ainsi que les relations et les couples basés sur ces principes. Ces « relations polyamoureuses » peuvent prendre des formes très diverses, le polyamour prônant la négociation par les partenaires des modalités de la relation.

Ni échangistes ni libertins, ils revendiquent la possibilité d’être épris de plusieurs personnes, ouvertement et honnêtement. La question que les personnes pourraient se poser comment aiment-ils? Le polyamour est-il l’avenir du couple ?

S’affranchir de la culpabilité

Car ici, un amour ne chasse plus l’autre : il s’y ajoute. Rien de nouveau depuis l’idéal fouriériste du XIXe siècle ou l’union libre des années 1970 ? C’est toujours, en effet, « la même tentative de concilier l’amour qui s’adresse à un être unique, avec le désir, forcément changeant et fantasque, constate Pauline Prost, psychanalyste. Avec plusieurs partenaires, les polyamoureux tentent d’approcher cet idéal, inatteignable, du couple moderne ». Une petite différence avec les hippies, tout de même : ici, pas de revendication révolutionnaire contre l’aliénation conjugale. « Le cadre de base, c’est l’honnêteté et le consentement. On ne se cache rien et on reste attentifs à ce que ce soit bien vécu par tous », explique Guilain, 29 ans, fondateur du site Amours.pluriels. Le reste est fonction des envies et des limites de chacun. « Par exemple, lorsque je vais à une soirée avec mon amoureuse, je peux prendre le numéro d’une fille, mais je ne rentre pas avec elle. » Isabelle et Fredrik, qui s’étaient au départ fixé une consigne large (« Ni dans notre ville, ni avec des fumeurs »), ont, depuis cinq ans, précisé les choses : « Nous avons décidé tous les quatre que Fredrik et moi ne mettions pas de préservatif, mais qu’avec Gabriela, il se protégeait. Son mari, qui n’est pas polyamoureux, y tient. Nous nous conformons donc au souhait le plus restrictif. » Car passer d’un corps à l’autre fait partie du contrat.

Sans faute, plus de culpabilité ? Pas vis-à-vis des partenaires, qui valident ce choix. Mais reste la culpabilité inconsciente liée à la sexualité. Celle-ci, née de l’oedipe, est en effet la réalisation symbolique d’un désir incestueux. « En multipliant les partenaires, les “polys” cherchent peut-être à s’en protéger, à éloigner la figure parentale ou fraternelle tant désirée », note le psychiatre, psychanalyste et thérapeute de couple Éric Smadja, auteur du Couple et son histoire (PUF, 2011).

Éviter la symbiose

« La liberté individuelle est garantie par le groupe. Le cadre est certes plus large, mais il existe », souligne le philosophe David Simard, auteur de L’Amour à l’épreuve du couple (Larousse, 2011). Ainsi que le risque de transgression. « Le lit n’est pas sacré, tranche Guilain. En revanche, ça m’ennuierait qu’avec d’autres Gabrielle ne se protège pas. » C’est alors le manquement à la parole donnée qui fait infidélité. Autant que le moindre changement affecte l’équilibre de tout le système. Si tout le monde s’entend bien et s’estime, tant mieux, le minimum est qu’ils s’acceptent. Une précaution qui permet, aussi, de faire tomber les fantasmes. Car le grand défi, c’est de dépasser la jalousie. Ici, on parle de « compersion » : être heureux du bonheur de l’autre, même si l’on n’en est pas responsable.

Un idéal qui demande « un gros travail sur soi, beaucoup d’attentions, de discussions, et qui libère », disent-ils. Pas facile… « D’autant que, lorsqu’elle n’est pas pathologique, la jalousie fait partie de l’amour, signale Éric Smadja. Il y a, parmi nos fantasmes inconscients, archaïques, ceux de possession et de “dévoration” de l’objet amoureux. En diffractant leur couple, les polyamoureux évitent une symbiose vécue comme dangereuse, mais limitent aussi tout ce qui fait la relation conjugale : sa densité, son degré d’invasion, de dépendance… » Une mesure de protection que, d’ailleurs, ils ne nient pas : ils se disent plus proches de leurs désirs et moins envahis par ceux de leur compagnon qu’en monogamie. Mais n’oublient pas pour autant les passages difficiles dus au polyamour : une concurrence insupportable avec un nouveau venu, la peur que le partenaire redevienne monogame (avec un autre), la souffrance de se sentir exclu…

Des peurs persistantes… et d’autres qui s’apaisent. « Avec plusieurs partenaires, la charge d’investissement psychique et affective de chacun est réduite ; la désillusion et le deuil de l’objet amoureux en cas de rupture aussi », poursuit Éric Smadja. Les relations évoluent avec fluidité, sans exiger de définition stricte. Un ami se rapproche, devient un amant, reprend de la distance. Si l’on a besoin de recul avec l’un, on peut se replier sur un autre, prendre du temps. De même que certains couples se protègent des crises ou de l’ennui en surinvestissant leur travail ou leurs amitiés, les « polys » trouvent des ressources à l’extérieur. « C’est une solution comme une autre, accorde Éric Smadja, si cela ne cache pas une incapacité à se mobiliser, ensemble, face à une difficulté. »

Multiplier son pouvoir de séduction

Parfois teinté de donjuanisme, le polyamour peut aussi « répondre, pour des personnes au narcissisme fragile, à un besoin de réassurance », éclaire Éric Smadja. « Plaire à plus grande échelle, pouvoir séduire plus souvent, m’a aidé à avoir confiance en moi, concède Jean, 32 ans. Mais être “poly” me permet aussi de fréquenter des personnalités variées. C’est très enrichissant. » Assouvir sa passion du voyage avec l’un, de la fête avec l’autre ? « L’optique relève du développement personnel, remarque David Simard. En plus d’être assez représentative de notre société du divertissement où, pour ne pas être confronté à la frustration ou au vide, on est tenté de se réfugier dans le trop. » Avec un risque, « celui de se perdre et de ne pas avoir le temps de nourrir les différentes relations », admet Fredrik, aujourd’hui satisfait avec deux amours.

Une recherche d’harmonie qui, selon Pauline Prost, fait problème : « Il y a, dans la rencontre amoureuse, l’espoir d’une complétude. On croit que l’autre détient ce qui nous manque. Mais c’est une illusion… » Les « polys » vivent-ils une quête jamais assouvie du partenaire idéal ? « Peut-être, mais courir après ce manque, c’est aussi aspirer au mieux, avoir du désir, donc vivre », reprend-elle. Et à ceux qui disent que ce n’est pas de l’amour ? « Je ne peux pas les convaincre, répond Jean. Je le sais, mes amoureuses aussi. Tellement intensément, que je serais bien embarrassé de devoir choisir. »

 

Attention : Cet article ne fait pas l’apologie des relations polyamoureuses, il a pour but de montrer la vision psychologique des personnes ayant choisi ce type de relations avec respect.

Source: Wikipedia / Psychologie.com